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À Paris, les activistes du climat ont ciblé la Société générale, banque fossile

Vendredi 14 décembre, près d'un millier de militants pour le climat ont bloqué les environs du siège de la Société générale. Leur but ? Dénoncer ses investissements dans les énergies fossiles les plus polluantes.

  • Paris, reportage

Ce vendredi 14 décembre au matin, le boulevard Haussmann grouille d'activité. Les clients se pressent au Printemps, d'autres flânent devant les Galeries Lafayette. De l'autre côté de l'avenue, l'imposant bâtiment de la Société générale reste étrangement calme, ses portes dorées sont closes. Sur les trottoirs alentour, de petits groupes munis de seaux, de balais et de serpillières discutent, en attente du signal de départ. En ce dernier jour de la COP24 à Katowice, en Pologne, les activistes pour le climat se sont donné rendez-vous devant le siège social de la banque pour une opération de « grand nettoyage ».

Comme l'a raconté Reporterre, la Société générale finance toujours les énergies les plus polluantes : charbon, gaz de schiste, pétrole. « Cela fait près d'un an qu'on leur demande d'arrêter ce soutien aux énergies fossiles, en vain, explique Lorette Philippot, des Amis de la Terre. Donc aujourd'hui, on est venu en nombre leur dire Stop. »

La banque présente le gaz de schiste comme « une énergie de transition nécessaire »

10 h, le top départ est donné. Très vite, des dizaines de militants revêtent un gilet jaune marqué « Action non violente COP21 », du nom de l'ONG formée lors du Sommet de paris en 2015 pour mener des actions de désobéissance civile. Ils traversent le boulevard encombré de véhicules, et bloquent la circulation. Des « Bob l'éponge » sautillants envahissent la rue, bientôt suivis d'une foule de plusieurs centaines de personnes. Le slogan phare du mouvement — « On est plus chaud, plus chaud que le climat » — retentit entre les édifices clinquants du 9e arrondissement, couvrant bientôt le vrombissement de la circulation.

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Très vite, des CRS se déploient devant la banque, puis encerclent les manifestants. Bien qu'annoncé de longue date sur les réseaux sociaux, le rassemblement n'a pas été déclaré en préfecture. « C'est un acte de désobéissance, on n'a pas demandé une permission que, de toute façon, on n'aurait pas eue explique un militant. Les dirigeants brisent leurs promesses de lutter contre le changement climatique, donc nous, on brise certaines lois. Quand on n'a plus d'autres possibilités de se faire entendre, on est obligé d'en passer par là. »

Visiblement à cran, certains policiers n'hésitent pas à dégainer bombe lacrymogène et matraque, ordonnant aux militants de reculer, sans succès. Le « contact police » nommé pour l'événement, Gabriel Mazzolini, est bientôt interpellé et emmené au commissariat. On apprendra par la suite qu'il a été placé en garde à vue pour « entrave à la circulation routière » et « organisation de manifestation sans déclaration préalable à la préfecture ». Il sera relâché vers 18 h30.

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Au milieu de la foule restée compacte, une camionnette supportant une scène a été stationnée. Jon Palais, l'un des porte-parole d'ANV-COP21, rappelle que « nos actions relèvent du bon sens et de la responsabilité civique, parce que nous sommes en état d'urgence climatique ». « Alors que nous sommes entrés dans l'ère des impacts du dérèglement climatique, des multinationales comme la Société générale continuent à soutenir des projets climaticides et qui aggravent la situation », fustige-t-il, provoquant des huées indignées parmi les participants.

Désignée depuis plusieurs mois comme « championne des énergies sales », la banque a répliqué ce vendredi 14 décembre par une campagne de tweets sponsorisés estampillés #PourLeClimat. Dans un communiqué, elle explique « poursuivre l'objectif collectif de limiter le réchauffement climatique en dessous des 2 °C » et dénonce les «  opérations de dénigrement menées sur le terrain dans les agences en France prenant à partie les collaborateurs de Société générale ». « Rien ne justifie de mettre en danger la réputation et la sécurité de nos collaborateurs, en les livrant en pâture aux médias sociaux et en transformant leur lieu de travail en une scène de spectacle », argue l'entreprise, qui admet soutenir le gaz de schiste, « une énergie de transition nécessaire ».

« Doucement, la police, on fait ça pour vos enfants » 

Un avis qui n'est pas partagé par Jason Opeña Disterhoft, un militant étasunien présent sur le boulevard Haussmann : « Le terminal d'exportation de gaz de schiste au Texas a de nombreux effets sur les communautés locales, explique-t-il à Reporterre. En plus des risques d'explosion, il y a des pollutions et beaucoup d'émission de gaz à effet de serre. »

« Nous savons ce que vous faites, Société générale, on ne l'accepte pas et on ne vous laissera pas faire, lance Jon Palais en direction des fenêtres du siège social. Nettoyer une banque sale, c'est la manière dont nous devons agir en tant que citoyens et c'est ce que nous sommes venus faire ! »

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Les slogans s'enchaînent – « Contre le gaz de schiste, on résiste », « Planète invivable, So Gé coupable » — tandis que les CRS se rapprochent, apparemment décidés à dégager les bloqueurs. « On s'assoit, on serre, on fait le tapis », lance une des coordinatrices au micro. Instantanément, les centaines d'activistes s'assoient ou s'allongent, se tenant fermement les uns les autres par les bras, entremêlant jambes et pieds. Sans ménagement, les policiers empoignent un à un les militants, les transportant ou les traînant sur le sol jusqu'au trottoir. « On est non violents, il n'y a pas de raison d'être violent avec nous », tente Jimmy, venu de Montaigu pour l'occasion. « Dans cette période, les rassemblements de personnes peuvent vite devenir dangereux, rétorque un CRS. On était à Nantes, à Notre-Dame-des-Landes, on a bien vu de quoi étaient capables les écologistes ! »

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Difficile pourtant de déloger une assemblée compacte, soudée, et apparemment déterminée à rester sur le bitume du boulevard. Et lorsqu'un petit groupe tente d'atteindre les murs de la banque avec leurs éponges, un policier bouscule violemment une manifestante, qui s'effondre lourdement sur le sol. Un jeune homme muni d'un brassard « médic » orné d'une croix rouge rapplique immédiatement. Et tandis que la dame sonnée reprend ses esprits,, le CRS s'approche d'elle pour s'excuser.

La tension est palpable, mais les appels au calme, les mains levées, les « doucement, la police, on fait ça pour vos enfants » scandés à l'envi paraissent désorienter les forces de l'ordre. « Ils ne savent pas quoi faire, c'est compliqué de nous enlever un par un quand on est près de mille, constate Pauline Boyer, d'ANV-COP21. Ils n'ont plus l'habitude d'une foule sans hostilité. »

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Sur la scène, le rappeur Kalune commence un slam, main levée en signe de paix. « Au nom d'un monde qui s'écroule sous nos yeux, au nom de 200 espèces qui disparaissent chaque jour, au nom de tous ces printemps qui deviennent silencieux, on vous demande moins de chiffres, plus de morale et plus d'amour », lance-t-il. « Oui plus d'amour ! » lui répond la troupe allongée à terre.

« Vous pouvez réprimer nos actions par la violence, on reviendra par la porte pacifique de la désobéissance. Vous pouvez interdire nos manifestations, vous savez quoi ? On reviendra, Société générale, poursuit le chanteur. SOS société dans un mal-être général, c'est la bourse contre la montre et nous on n'a plus le choix, SOS société, notre planète va si mal ».

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Le flow du rappeur semble faire mouche. Un CRS esquisse même un cœur sur son bouclier. Solidement accrochés par les bras, Thomas et Rose-Marie lancent la discussion avec un policier. « On ne fait pas ça contre vous mais pour vous, pour nous tous, pour vos enfants aussi, expliquent-ils. Vous nous dites que ce n'est pas le bon moment, on comprend bien, mais il y a toujours une bonne raison de reculer l'engagement, et le dérèglement climatique n'attend pas, lui. » Stoïque et silencieux, le CRS recule d'un pas en hochant la tête.

« Ça donne une sensation de force, de voir ce qu'on arrive à faire en étant non violent » 

« Je suis fière que nous soyons là si nombreux, qu'on arrive à bloquer le boulevard, c'est inédit », sourit Rose-Marie, pas du tout frustrée de ne pas pouvoir frotter les vitres de la Société générale. « On s'y attendait, on savait qu'il y aurait des policiers, on se doutait qu'ils ne nous laisseraient pas faire, ajoute Thomas. Tant pis, on a quand même montré notre détermination… et on va continuer ! »

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Plus d'une heure après le début de l'opération, une coordinatrice sonne la fin du blocage… et le début de la « journée de nettoyage ». Car les militants ont prévu de se rendre dans les 150 agences Société générale de la capitale avec leurs balais.

Les activistes libèrent la rue et se dispersent aussi vite qu'ils étaient arrivés. Tout sourire, Claire, Patrick et Florence font une pause sur le trottoir. « Ça donne une sensation de force, de voir ce qu'on arrive à faire en étant non violent », lance Claire. Au total, les ONG ont comptabilisé 912 participants à cette opération « inédite » : « Il s'agit de la plus grosse action réalisée contre une banque sur le thème du climat », précise Pauline Boyer.

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Par petites grappes, les militants s'engouffrent dans le métro. Près d'une vingtaine de groupes se sont ainsi répartis les agences à « nettoyer ». Place de la République, les « Poké LU » regroupent une quinzaine d'activistes venus de Nantes, du Mans et de Montaigu. Certains militent depuis longtemps, d'autres ont découvert l'action non-violente lors du tour Alternatiba de cet été. Tous ne se connaissent pas : ils se sont retrouvés le matin même aux aurores.

Élodie étudie la liste des défis à relever dans l'après-midi : « En plus de visiter les banques, nous devons faire une photo sexy de Bob l'éponge, faire une photo avec un employé de la Société générale, improviser une danse devant une agence… » L'action désobéissante prend des allures de grand jeu.

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Après une « chorégraphie du balai » improvisée et quelques sandwichs engloutis, la petite troupe se masse pour un dernier briefing. Chacun a son rôle à jouer. Il y a les bloqueurs de porte, les teneurs de banderoles, les nettoyeurs, la photographe. Certains sont chargés de parler avec le personnel, d'autres de distribuer des tracts. Vers 14 h, l'« éclaireur » revient : « On peut y aller, c'est bon ! » Les quinze militants se mettent en marche, direction le boulevard Magenta.

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Devant l'agence rouge et noire, les bloqueurs entrent et retiennent les portes, tandis que les autres revêtent leurs gilets jaunes avant de s'engouffrer dans la boutique. Vite, on balaie le sol, frotte le distributeur de billets, installe la banderole indiquant « Société générale, on veut pas d'énergies sales ». Le directeur de l'agence arrive, bien au courant de l'action. « Votre banque finance des entreprises qui vont rendre notre planète invivable », commence une activiste. « De toute façon on est aujourd'hui à un point de non-retour, lui répond le banquier. On peut juste limiter la casse. »

« Non, on a encore quelques années pour éviter de dépasser le seuil des 1,5 °C, réplique Txetx Etcheverry, membre de Bizi et d'Alternatiba. Seulement, en finançant les énergies fossiles, la Société générale nous emmène tout droit vers 4 °C de réchauffement. Et cela signifie une planète où ne pourra plus vivre la plupart de l'humanité ». Le directeur acquiesce, affirme « comprendre l'action menée » : « Mais je ne peux pas m'engager, nous sommes une agence locale », conclut-il, non sans avoir promis de faire remonter à sa direction les demandes des militants.

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Les activistes ressortent cinq minutes plus tard, posent pour la photo afin de « valider » l'agence, puis se lancent à l'assaut d'une nouvelle banque. Toute la journée, la vingtaine de groupes non-violents ont quadrillé la capitale, éponges en main. En 2017, suite à une campagne de mobilisation, la BNP avait annoncé arrêter ses financements aux énergies fossiles.

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Sarah Hadrane/Reporterre



L'escargot ne manque pas de prédateurs

Même à la fin de l'automne, la visite au Jardin sans pétrole vaut le détour. Sur place, les escargots se multiplient mais leurs prédateurs rôdent.

« Vous allez encore dans le jardin en ce moment, mais il n'y a rien à y faire en décembre, non ? » On pourrait en effet laisser le jardin dormir sous son épaisse couche de feuilles ou plutôt laisser la vie du sol s'épanouir tout à loisir mais nos épluchures ? Et la mâche qui pousse sous la serre ? Et les poireaux, navets, carottes et radis noirs que nous n'avons pas encore ramassés ? Et l'odeur de la terre ?

Bien couverts, une pomme en poche, nous partons à vélo vers la gare, contents d'aller prendre l'air et rassurés par la pluie intermittente, car la terre a manqué d'eau cet été.

Le vent a soufflé fort et, à nouveau, la serre s'est envolée. Il y a déjà de beaux bouquets de mâche d'Étampes, que je coupe avant de fixer à nouveau la bâche. Cette fois, je ferme les deux extrémités pour ne pas laisser de prise aux bourrasques.

Le crissement des coquilles d'escargot vides

Celles-ci ont aussi réduit l'épaisseur de la couche de feuille, mais il n'est pas besoin d'aller loin pour recharger les planches. Les feuilles au sol abondent dans le centre équestre.

Zut ! Dans mes allers-retours, j'ai encore écrasé un escargot, ou plutôt une coquille ! Cela fait plusieurs semaines qu'en marchant entre les planches, je sens sous mes pas le crissement des coquilles d'escargot vides.

Aucune trace que je puisse relever. Les prédateurs des escargots sont nombreux et, sans le savoir, j'ai déjà eu l'occasion d'en observer plusieurs. Un carabe, de la famille des coléoptères, condamnés à vivre dans le sol parce que ses élytres ne lui permettent pas de s'envoler. La lithobie à pinces, un mille-pattes très véloce qui repère ses proies à leur vibration, les course et les tue d'une morsure vénéneuse. Il y a aussi la grenouille rousse, que je n'ai pas revue depuis l'été mais qui vit peut-être encore à proximité ; et les orvets, qui se planquent dans les tas de compost. Pour les autres mangeurs d'escargots, les taupes, les musaraignes et autres hérissons, nous n'en avons encore jamais vus dans le jardin. Les escargots, et par extension les limaces, ont tant de prédateurs que nous devrions arriver à limiter leurs dégâts printaniers.

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos :
. chapô : un escargot. Wikimedia (Remi Jouan/CC BY-SA 3.0)
. jardin : © Christine Laurent/Reporterre



COP 24 : prolongation fastidieuse pour un accord sans ambition

La négociation s'est poursuivie malaisément à Katowice vendredi 13 décembre. Les Etats-Unis et l'Arabie saoudite freinent autant qu'ils peuvent, tandis que les Européens sont peu présents. La conférence est prolongée jusque samedi midi.

Tous les jours, notre envoyée spéciale vous raconte les coulisses, les anecdotes et les coups de théâtre de la COP24, qui se déroule en Pologne, du 2 au 14 décembre. L'intégralité du journal est à retrouver ici.


  • Actualisation - Samedi 15 décembre, 16h35 - La séance plénière de conclusion a été repoussée plusieurs fois depuis vendredi soir. Elle est maintenant prévue à 18h. Le texte en discussion est ici.

  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

Au 12e et dernier jour officiel de la COP, vendredi 14 décembre, les négociations et les marchandages ont tourné à plein. Beaucoup se disaient convaincus qu'un accord serait trouvé, mais personne ne pouvait prédire à quel moment et avec quelle ambition. Il est attendu samedi à la mi-journée.

« Le ministre #FdeRugy ne peut pas retourner à la #COP24 pour les dernières heures de négociation. Il a RDV avec le patron du lobby de l'automobile français ». Ce tweet de Maximes Combes, le porte-parole d'Attac, a fait sourire plus d'un membre de la délégation française à la COP. Sourire jaune en fait… Car contrairement au ministre français de l'Environnement qui a décrété la semaine dernière lors de son passage-éclair à Katowice que cette COP n'était qu'une « conférence de transition », tous à Katowice ne cessent de répéter l'énorme enjeu qu'elle représente pour l'avenir de l'action climatique.

Durant toute la journée de vendredi, les pays les plus vulnérables - Etats insulaires et pays les plus pauvres -, mais aussi les ONG ont multiplié les déclarations pour faire comprendre aux pays riches, notamment les Etats-Unis, que le déni n'est plus de mise.

Pour rappel, cette COP a trois enjeux :
"-" la publication du rulebook, une sorte de notice de l'Accord de Paris qui précise ses règles d'application et permette enfin sa mise en œuvre,
"-" l'engagement des Etats à relever d'ici 2020 leurs objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (les Nationally determined contributions, NDC),
"-" et la promesse par les pays développés de nouveaux financements pour aider les pays les plus pauvres à s'adapter à la nouvelle donne climatique.

« Il ne reste que douze ans » rappellent des lycéens polonais.

Depuis jeudi soir et la première esquisse de texte fournie par la présidence polonaise - le « draft » -, les délégations planchent d'arrache-pied pour obtenir des améliorations. « Nous ne sommes pas encouragés par le texte que nous avons sur la table. C'est dramatique de voir comment des pays comme l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis peuvent saccager un accord », se lamentait Sara Shaw, de l'ONG Friends of the Earth. Ce draft est « tiède et incohérent », jugeait pour sa part le Climate Action Network, regrettant qu'il ne contienne « pas d'engagement clair pour renforcer les engagements des pays d'ici 2020 ». Sarah Lickel du Secours Catholique se montrait elle très dure : « le rulebook ne règle rien. Il devrait présenter des garanties, notamment sur les droits humains. Quand on voit ce qui se passe en France avec les Gilets jaunes, on comprend qu'il est essentiel d'allier exigence sociale et ambition climatique ».

« They don't care about us » (« Ils ne se soucient pas de nous ») : ce morceau de Michael Jackson qu'ont chanté dans la matinée 30 élèves polonais ayant lancé une grève de l'école à l'appel de la jeune Suédoise Greta Thunberg, a résonné toute la journée comme une rengaine dans les couloirs de la COP. « Beaucoup de gens pensent qu'on est trop petits pour compter mais ce n'est pas vrai », a dit Gosha, 15 ans, au nom de ses camarades.

« Beaucoup de gens pensent qu'on est trop petits pour compter mais ce n'est pas vrai »

La Malaisienne Meena Raman, de l'ONG Friends of the Earth, a beau user de mots différents, elle ne dit pas autre chose. Les petits, les pauvres doivent compter, tandis que les riches doivent leur venir en aide. Au cœur des négociations, comme à chaque COP depuis 24 ans, le principe des responsabilités communes mais différenciées (CBDR) : si tous les Etats sont responsables du réchauffement climatique, leurs efforts doivent être modulés en fonction de leur responsabilité historique – les pays les plus anciennement industrialisés doivent faire plus – et des moyens dont ils disposent. Meena Raman regrette que les Etats les plus riches tardent à transférer leurs technologies innovantes vers les pays moins bien pourvus et ne leur assurent pas plus de financements. En 2018, les Etats ont pourtant promis 129 millions d'euros pour le fonds d'adaptation, un chiffre record. Malheureusement, ce n'est encore qu'une goutte d'eau au vu des besoins qui se comptent en milliards. « Les Etats-Unis, poursuit Meena Raman, sont en train d'effacer [dans les textes en négociation] toutes les références à l'équité et à la responsabilité historique des Etats. »

« C'est fascinant d'entendre parler d'un côté des pays qui parlent de survie et de l'autre des pays qui parlent d'intérêts économiques », observe le ministre costaricain de l'Environnement Carlos Manuel Rodriguez.

Les points de blocage

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Dans le rulebook, trois points font l'objet d'accrochages plus intenses :

"-" les pertes et préjudices (loss and damage) : les pays en voie de développement veulent absolument voir apparaître ce point, pour s'assurer qu'à l'avenir les pertes irréversibles causées chez eux par des événements extrêmes soient véritablement prises en compte. Or dans le draft, cette question n'apparaissait que dans une note de bas de page.

"-" la transparence : pour s'assurer que les Etats réalisent correctement leurs NDCs, l'Accord de Paris prévoit des règles de suivi. Tandis que les Etats-Unis plaident pour des règles strictes et identiques pour tous, les pays les moins avancés, mais aussi la Chine, réclament une plus grande flexibilité, arguant qu'ils n'ont pas encore les moyens d'un tel suivi.

"-" l'article 6 : assez incompréhensible pour les béotiens, il concerne « les mécanismes de compensation et des valeurs non-marchandes ». Il s'agit des règles qui devront s'appliquer sur le marché planétaire des émissions carbonées, ce marché où ceux qui polluent le moins ont la possibilité de revendre des quotas à ceux qui polluent le plus.

En plus du rulebook, qui devrait faire une centaine de pages, les ministres et leurs délégués bataillent sur une autre difficulté, peut-être la plus épineuse : sous quel terme sera-t-il fait référence dans la décision finale – qui accompagnera le rulebook - au rapport spécial du GIEC sur les impacts d'un réchauffement de 1,5° C ?

Mohamed Nasheed : « Nous ne pouvons négocier avec les lois de la physique, c'est la science, la science, la science. »

La logique voudrait que ce rapport figure en bonne place puisque c'est sur ces résultats scientifiques que se base l'action climatique engagée par les Etats. Malheureusement quatre pays - les Etats-Unis, la Russie, le Koweït et l'Arabie Saoudite – se sont opposés à ce que la décision « salue » (welcome) ce rapport, préférant qu'elle en « prenne note » (note), une expression insuffisante aux yeux des pays insulaires et de l'Union européenne. Une tiédeur, voire un déni scientifique, qui irrite le groupe des 47 pays les moins avancés, ainsi que celui des 48 pays les plus vulnérables (CVF), emmené par l'ancien président des Maldives Mohamed Nasheed. « Si nous ne trouvons pas un arrangement approprié, a-t-il prévenu, cela rendra l'Accord de Paris inutile. Les coraux mourront, nous perdrons notre biodiversité… Nous avons une fenêtre d'opportunité de 12 ans, la science est très claire. Nous ne pouvons négocier avec les lois de la physique, c'est la science, la science, la science. »

Mais que feront-ils si les Etats-Unis, ou d'autres pays, ne reconnaissent pas le travail du GIEC, ou encore si l'accord n'est pas assez ambitieux à leur goût ? « Nous mettrons notre veto », a répondu posément M. Nasheed.

Depuis quelques jours, les alliances se sont multipliées pour rehausser l'ambition. Ainsi de la Coalition pour une Haute Ambition, avec quelque 70 pays dont la France et l'Allemagne, ou celle de l'Urgence composée de 90 pays vulnérables ou peu avancés. Alors que les désaccords semblaient insurmontables - le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a d'ailleurs jugé bon de revenir vendredi à Katowice pour mettre de l'huile dans les rouages -, les habitués, eux, restaient confiants sur la conclusion d'un accord.

Vendredi soir, on apprenait la tenue d'une séance plénière à 4 heures du matin, suggérant un consensus aux petites heures du matin. Mais cette nuit, vers 4 heures justement, une nouvelle ligne est soudain apparue sur les écrans bleus de la COP : « PLENIERE 10H – DISCOURS DE CLOTURE 12 -14H »…

Source : Dorothée Moisan pour Reporterre

Photos : © Sadak Souici/Reporterre



Fuites à la centrale nucléaire de Cruas : une association d'experts démissionne

Fuite de tritium non communiquée, fuite d'hydrocarbures transmise avec retard, non respect des participants à la commission d'information de la centrale de Cruas : la Criirad en a assez et quitte cette instance qu'EDF ne respecte pas.

La Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a démissionné de la commission locale d'information (Cli) [1] de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche), lundi 10 décembre, par une lettre adressée au président de la Cli, Pascal Terrasse. La Criirad avait annoncé son intention de partir lors du dernier conseil d'administration de la Cli, le 26 octobre, et refusé de participer à la plénière de novembre. « Nous souhaitons pouvoir intervenir auprès de la Cli en tant qu'expert mais nous ne voulons plus participer à cette mascarade. Nous avons constaté des dysfonctionnements lourds, qui pourraient engendrer des expositions injustifiées à la radioactivité, menaçant les travailleurs, les riverains et l'environnement », a déclaré à Reporterre Sylviane Poulenard, administratrice de la Criirad et ex-membre de la Cli.

Le laboratoire indépendant de mesure de radioactivité dans l'environnement, créé en mai 1986 par Michèle Rivasi à la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, estime « anormal » que les membres de la Cli ne soient pas informés de certains incidents qui se produisent dans l'enceinte de la centrale. En mai 2018, EDF, exploitant de la centrale, a découvert une concentration de tritium près de vingt fois supérieure à la normale –- 190 becquerels par litre au lieu de 10 –- au niveau des captages d'eau potable de la centrale qui alimentaient notamment la cantine. « L'ASN [Autorité de sûreté nucléaire] n'a été informée de cette anomalie que très tardivement, et les membres de la Cli l'ont appris dans la presse », s'insurge Mme Poulenard. En août 2018, des hydrocarbures ont été détectés dans la nappe d'eau souterraine sous la centrale. « Là aussi, l'information n'est pas venue tout de suite. Nous l'avons également appris dans la presse. »

Les plénières de Cli, « grand-messe où l'exploitant déroule son diaporama »

La Criirad critique aussi le format des plénières de la Cli, « sortes de grand-messe où l'exploitant déroule son diaporama, suivi de quelques remarques de l'ASN, puis de quelques questions auxquelles il est souvent répondu que la réponse sera donnée la prochaine fois ou qu'il faut envoyer un courrier », déplore l'administratrice de la Criirad. « En outre, les documents de préparation de la plénière ne sont envoyés que trois ou quatre jours avant, ce qui fait que notre laboratoire n'a pas le temps de travailler dessus. » Enfin, la Criirad regrette que la Cli de Cruas ne se saisisse pas de sa possibilité de commander des études indépendantes. « Nous étions très satisfaits de présenter nos études sur les transports de matières radioactives et sur les rejets dans le Rhône. Nous y soulevions des problèmes qui auraient justifié des études complémentaires. Mais c'était comme donner un coup d'épée dans l'eau : il n'y a eu aucune réaction de la part de la Cli. »

La réunion publique prévue le 17 décembre, dans le cadre de la concertation sur le prolongement des réacteurs de la centrale au-delà de quarante ans, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. « Elle a été présentée comme une réunion de concertation, alors qu'il ne s'agit que d'une histoire de communication, dénonce Mme Poulenard. Notre avis ne sera pas pris en compte, surtout que le processus de prolongation est déjà lancé. Nous avons calculé qu'au terme du processus de réexamen en vue de la prolongation, les réacteurs auront déjà entre 44,5 et 50 ans ! »

Didier Boulle, chargé de mission de la Cli de Cruas pour le conseil départemental de l'Ardèche, « regrette » le départ de la Criirad. « Elle est compétente, reconnue et avait toute sa place dans la Cli. » Selon lui, le laboratoire s'est retirée entre autres raisons pour pouvoir assurer des prestations payantes pour le compte de la Cli. « Ce qu'en tant que membre de la Cli, elle n'aurait pas pu faire. Maintenant qu'elle n'est plus dans la commission, on pourra éventuellement la consulter et lui confier une prestation de service, dans le cadre d'un appel d'offres. » Mais pour l'heure, aucune commande d'étude n'est prévue. « C'est sûr qu'on ne pouvait pas être juge et partie, admet l'administratrice de la Criirad. Même si EDF fonctionne beaucoup en autoproduisant les études qui le concernent, il n'était pas question pour nous de rentrer dans ce jeu-là. Cela dit, depuis que nous sommes dans la Cli, la question ne s'est jamais posée. Et si une étude avait été commandée, d'autres laboratoires que le nôtre auraient pu intervenir. »

  • Source : Emilie Massemin pour Reporterre

[1] Les Cli réunissent élus locaux, associations environnementales, experts et syndicats de travailleurs du nucléaire dans un rayon de dix kilomètres autour d'une installation nucléaire. Elles ont pour objectif d'apporter une expertise citoyenne et de sensibiliser la population au risque nucléaire.

"-" Photo : Les bâtiments réacteurs et deux tours aéroréfrigérantes de la centrale nucléaire de Cruas — Yelkrokoyade (Wikipédia)



COP24 : les actions pour le climat
La COP24, clôturée le 14 décembre 2018 à Katowice en Pologne, constitue une étape clé pour la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris et le rehaussement de l’ambition des États d’ici 2020. Un an après la première édition du One Planet Summit, une trentaine d’actions ont été lancées autour de 4 piliers : le climat, la mobilisation des financements, la protection des océans et de la biodiversité.

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La COP24, clôturée le 14 décembre 2018 à Katowice en Pologne, constitue une étape clé pour la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris et le rehaussement de l’ambition des États d’ici 2020. Un an après la première édition du One Planet Summit, une trentaine d’actions ont été lancées autour de 4 piliers : le climat, la mobilisation des financements, la protection des océans et de la biodiversité.

COP24 : la négociation finale s'annonce difficile et décevante

Au 11e et avant-dernier jour de la 24e conférence climatique des Nations unies, la négociation se tend à mesure que l'horloge tourne. L'esprit de l'accord de Paris est bien retombé, et il s'agit en fait de limiter la casse. Quant aux ministres français, ils sont tout simplement… absents.

Tous les jours, notre envoyée spéciale vous raconte les coulisses, les anecdotes et les coups de théâtre de la COP24, qui se déroule en Pologne, du 2 au 14 décembre. L'intégralité du journal est à retrouver ici.


  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

« Merci de noter qu'une fois la COP24 officiellement terminée, tous les membres des médias devront quitter les lieux dans les trois heures » : message reçu ce matin dans ma boîte à courriels, la fin de la COP approche… Nous sommes désormais au 11e jour des négociations ici à Katowice et après les échauffements de la première semaine, le moteur onusien tourne à plein régime. Objectif : réussir d'ici vendredi soir à décrocher non seulement un accord, mais surtout un accord ambitieux.

Même si certains États, notamment les États-Unis, continuent à bloquer les négociations, la plupart des observateurs ne doutent pas qu'un accord sera trouvé. « Deux-trois jours avant la fin, c'est toujours comme ça, c'est le mélodrame, on a l'impression que ça va planter. Et puis, ça finit toujours par aboutir », me dit un diplomate européen, grand habitué des COP. La question est plutôt de savoir quand – la COP24 se termine officiellement vendredi soir mais, vu le retard accumulé, il est d'ores et déjà quasi certain qu'elle se prolongera samedi –- et comment. L'idéal serait que trois volets aboutissent :

  • primo la publication d'une notice claire et ambitieuse de l'Accord de Paris, le fameux rulebook, qui permette d'appliquer l'accord climatique avec efficacité à travers le monde ;
  • secundo l'engagement des États à relever d'ici 2020 leurs objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (les Nationally determined contributions, NDC) ;
  • et tertio la promesse par les pays développés de nouveaux financements pour aider les pays en voie de développement, plus vulnérables au changement climatique.

Jeudi 13 décembre, les appels se sont multipliés pour convaincre les États les plus riches de relever leur ambition sur ces trois volets. Jennifer Morgan, de Greenpeace, a rappelé les dirigeants à leurs responsabilités. « Les gens, les a-t-elle prévenu, n'attendent plus un consensus mondial, ils poursuivent leurs gouvernements, ils poursuivent les grands compagnies pétrolières, ils bloquent des routes et des ponts, ils organisent des grèves à l'école, et ce n'est que le début. Plutôt que de vides promesses, nous avons besoin que les États réhaussent leur ambition ». La jeune Suédoise Greta Thunberg, qui depuis le début de la COP se dépense sans compter pour médiatiser la cause climatique, s'est quant à elle chargée de convaincre les plus jeunes : dans un message posté sur les réseaux sociaux, elle a appelé enfants et ados à faire vendredi, comme elle-même depuis plusieurs mois, la grève de l'école et à se rassembler devant leur « Parlement ou [leur] gouvernement local » pour faire pression.

La jeune Suédoise Greta Thunberg.

De leur côté, les 48 pays les plus vulnérables regroupés au sein du Climate Vulnerable Forum (CVF) -– dont certains sont menacés de disparaître sous les mers –- ont appelé leurs homologues à sauver la COP d'« une issue médiocre ». « Nous ne sommes pas prêts à mourir. Nous n'avons pas l'intention de devenir la première victime du changement climatique », a dit l'ancien président des Maldives, Mohamed Nasheed.

Depuis dix ans qu'il assiste aux conférences internationales sur le climat, « rien ne semble avoir changé », regrette-t-il. « On utilise toujours le même langage, un langage de dinosaure. […] Le problème, c'est qu'on continue à demander aux gros pollueurs de cesser de polluer mais sur des fondements éthiques, et ils ne nous écoutent pas. » Pour cesser ce dialogue de sourds, il propose de changer radicalement d'approche : « Plutôt que de leur demander des réductions, peut-être devrions-nous leur demander des hausses », autrement dit d'augmenter leurs investissements dans les énergies propres. « Alors ils cesseront d'utiliser des énergies fossiles. […] Demandons des choses positives plus que des choses négatives, les investissements augmenteront et les émissions diminueront. »

Le pavillon de la Russie.

Le Maldivien a ensuite brocardé les « quatre pays qui nous prennent en otage », sous-entendu les États-Unis, la Russie, le Koweït et l'Arabie Saoudite, qui s'opposent à ce que la COP24, dans sa décision finale, « salue » (welcome) le rapport du Giec sur les 1,5 °C, préférant qu'elle en « prenne note » (note), une expression insuffisante aux yeux des pays insulaires et de l'Union européenne. Le royaume saoudien va jusqu'à contester les conclusions scientifiques du rapport : « Il vous montre uniquement les opportunités » qu'il y a à lutter contre le changement climatique mais « il ne vous en montre pas le coût », dénonce dans une interview au site Carbon Brief le délégué saoudien à la COP.

Le rapport du Giec toujours contesté par l'Arabie saoudite, les États-Unis et la Russie

Cette question de vocabulaire peut sembler cosmétique, mais elle revêt une grande importance car elle créera un précédent : quel avenir pour la lutte climatique si les États ne reconnaissent pas que la science est fondamentale et doit guider leur action ?

En fait, il n'y a pas vraiment 4 pays bloqueurs et 192 pays qui marcheraient tous main dans la main vers un accord idéal comme le laisse entendre Mohamed Nasheed. C'est le cas pour qualifier le rapport du Giec, mais pas sur la question du rulebook ou sur celle des financements.

De nombreux pays comme l'Inde, l'Afrique du Sud ou des pays en voie de développement craignent que les pays riches, en tête desquels les États-Unis et l'Australie, ne rabotent les financements : en volume, mais aussi en qualité. Certains s'inquiètent ainsi de la tendance croissante des pays développés à se défausser sur les investisseurs privés. Une question cruciale reste celle des pertes et préjudices (loss and damage) que les pays en voie de développement veulent absolument voir apparaître dans le rulebook, pour s'assurer qu'à l'avenir, les pertes irréversibles causées chez eux par des événements extrêmes seront prises en compte en tant que telles, et non pas incluses dans d'autres fonds, dédiés à l'adaptation au changement climatique.

Les économies émergentes (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud) insistent quant à elles sur la flexibilité. Depuis les premières négociations climatiques en 1992, un principe important est celui des responsabilités communes mais différenciées (CBDR en anglais). En gros, cela signifie que les États sont tous responsables du réchauffement climatique, mais que leurs efforts doivent être modulés en fonction de leur responsabilité historique – les pays les plus anciennement industrialisés doivent faire plus – et des moyens dont ils disposent. Une fois que les États auront fixé leurs NDC, ils devront ensuite régulièrement évaluer leurs avancées. Ce que réclament les pays du Sud, c'est une flexibilité dans ces évaluations car ils jugent qu'ils n'auront pas les moyens financiers et techniques pour bien les faire. Mais un coup de théâtre survenu jeudi soir pourrait changer la donne : la Chine a annoncé qu'elle renonçait à cette exigence et acceptait d'obéir aux mêmes règles que les pays développés sur ce point.

Aucun ministre français dans le round final !

Une Coalition pour une haute ambition a été lancée mercredi par quelque 70 États, dont 11 Européens parmi lesquels la France et l'Allemagne. Elle ne réunit qu'un tiers des pays signataires de l'accord de Paris, alors que la coalition similaire lancée en 2015 comptait 118 nations, dont les 28 pays de l'UE.

L'Europe est très en retrait. Et la France brille par son absence ! Ni le ministre de la Transition écologique François de Rugy, ni la secrétaire d'État Brune Poirson — partie précipitamment mardi soir en raison de la crise des Gilets jaunes –- ne sont présents à Katowice ? Sans doute une première dans toute l'histoire des COP.

Jeudi soir, la présidence polonaise — critiquée par de nombreux observateurs pour son « inertie » et son échec à créer une dynamique ministérielle -– a enfin fini par publier un nouveau texte. Peu avant minuit, des experts commençaient à le décrypter, tout en se frottant les yeux, déjà gonflés de fatigue. Si certains points leur semblaient positifs, d'autres au contraire suscitaient leur inquiétude, comme la question des pertes et préjudices -– dont le traitement allait selon eux « décevoir les petites îles et les pays en voie de développement » — ou l'article 6, bourré de crochets, sur l'utilisation des marchés carbone et autres moyens de coopération. C'est sur cette base que les ministres devaient commencer vendredi à livrer bataille.


REGARDER LE PORTFOLIO DE NOTRE REPORTAGE à LA COP24


Voir en ligne : Le journal de la COP24

Source : Dorothée Moisan pour Reporterre

Photos : © Sadak Souici/Reporterre



COP24 : la négociation finale s'annonce difficile et décevante

Au 11e et avant-dernier jour de la 24e conférence climatique des Nations unies, la négociation se tend à mesure que l'horloge tourne. L'esprit de l'accord de Paris est bien retombé, et il s'agit en fait de limiter la casse. Quant aux ministres français, ils sont tout simplement… absents.

Tous les jours, notre envoyée spéciale vous raconte les coulisses, les anecdotes et les coups de théâtre de la COP24, qui se déroule en Pologne, du 2 au 14 décembre. L'intégralité du journal est à retrouver ici.


  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

« Merci de noter qu'une fois la COP24 officiellement terminée, tous les membres des médias devront quitter les lieux dans les trois heures » : message reçu ce matin dans ma boîte à courriels, la fin de la COP approche… Nous sommes désormais au 11e jour des négociations ici à Katowice et après les échauffements de la première semaine, le moteur onusien tourne à plein régime. Objectif : réussir d'ici vendredi soir à décrocher non seulement un accord, mais surtout un accord ambitieux.

Même si certains États, notamment les États-Unis, continuent à bloquer les négociations, la plupart des observateurs ne doutent pas qu'un accord sera trouvé. « Deux-trois jours avant la fin, c'est toujours comme ça, c'est le mélodrame, on a l'impression que ça va planter. Et puis, ça finit toujours par aboutir », me dit un diplomate européen, grand habitué des COP. La question est plutôt de savoir quand – la COP24 se termine officiellement vendredi soir mais, vu le retard accumulé, il est d'ores et déjà quasi certain qu'elle se prolongera samedi –- et comment. L'idéal serait que trois volets aboutissent :

  • primo la publication d'une notice claire et ambitieuse de l'Accord de Paris, le fameux rulebook, qui permette d'appliquer l'accord climatique avec efficacité à travers le monde ;
  • secundo l'engagement des États à relever d'ici 2020 leurs objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (les Nationally determined contributions, NDC) ;
  • et tertio la promesse par les pays développés de nouveaux financements pour aider les pays en voie de développement, plus vulnérables au changement climatique.

Jeudi 13 décembre, les appels se sont multipliés pour convaincre les États les plus riches de relever leur ambition sur ces trois volets. Jennifer Morgan, de Greenpeace, a rappelé les dirigeants à leurs responsabilités. « Les gens, les a-t-elle prévenu, n'attendent plus un consensus mondial, ils poursuivent leurs gouvernements, ils poursuivent les grands compagnies pétrolières, ils bloquent des routes et des ponts, ils organisent des grèves à l'école, et ce n'est que le début. Plutôt que de vides promesses, nous avons besoin que les États réhaussent leur ambition ». La jeune Suédoise Greta Thunberg, qui depuis le début de la COP se dépense sans compter pour médiatiser la cause climatique, s'est quant à elle chargée de convaincre les plus jeunes : dans un message posté sur les réseaux sociaux, elle a appelé enfants et ados à faire vendredi, comme elle-même depuis plusieurs mois, la grève de l'école et à se rassembler devant leur « Parlement ou [leur] gouvernement local » pour faire pression.

La jeune Suédoise Greta Thunberg.

De leur côté, les 48 pays les plus vulnérables regroupés au sein du Climate Vulnerable Forum (CVF) -– dont certains sont menacés de disparaître sous les mers –- ont appelé leurs homologues à sauver la COP d'« une issue médiocre ». « Nous ne sommes pas prêts à mourir. Nous n'avons pas l'intention de devenir la première victime du changement climatique », a dit l'ancien président des Maldives, Mohamed Nasheed.

Depuis dix ans qu'il assiste aux conférences internationales sur le climat, « rien ne semble avoir changé », regrette-t-il. « On utilise toujours le même langage, un langage de dinosaure. […] Le problème, c'est qu'on continue à demander aux gros pollueurs de cesser de polluer mais sur des fondements éthiques, et ils ne nous écoutent pas. » Pour cesser ce dialogue de sourds, il propose de changer radicalement d'approche : « Plutôt que de leur demander des réductions, peut-être devrions-nous leur demander des hausses », autrement dit d'augmenter leurs investissements dans les énergies propres. « Alors ils cesseront d'utiliser des énergies fossiles. […] Demandons des choses positives plus que des choses négatives, les investissements augmenteront et les émissions diminueront. »

Le pavillon de la Russie.

Le Maldivien a ensuite brocardé les « quatre pays qui nous prennent en otage », sous-entendu les États-Unis, la Russie, le Koweït et l'Arabie Saoudite, qui s'opposent à ce que la COP24, dans sa décision finale, « salue » (welcome) le rapport du Giec sur les 1,5 °C, préférant qu'elle en « prenne note » (note), une expression insuffisante aux yeux des pays insulaires et de l'Union européenne. Le royaume saoudien va jusqu'à contester les conclusions scientifiques du rapport : « Il vous montre uniquement les opportunités » qu'il y a à lutter contre le changement climatique mais « il ne vous en montre pas le coût », dénonce dans une interview au site Carbon Brief le délégué saoudien à la COP.

Le rapport du Giec toujours contesté par l'Arabie saoudite, les États-Unis et la Russie

Cette question de vocabulaire peut sembler cosmétique, mais elle revêt une grande importance car elle créera un précédent : quel avenir pour la lutte climatique si les États ne reconnaissent pas que la science est fondamentale et doit guider leur action ?

En fait, il n'y a pas vraiment 4 pays bloqueurs et 192 pays qui marcheraient tous main dans la main vers un accord idéal comme le laisse entendre Mohamed Nasheed. C'est le cas pour qualifier le rapport du Giec, mais pas sur la question du rulebook ou sur celle des financements.

De nombreux pays comme l'Inde, l'Afrique du Sud ou des pays en voie de développement craignent que les pays riches, en tête desquels les États-Unis et l'Australie, ne rabotent les financements : en volume, mais aussi en qualité. Certains s'inquiètent ainsi de la tendance croissante des pays développés à se défausser sur les investisseurs privés. Une question cruciale reste celle des pertes et préjudices (loss and damage) que les pays en voie de développement veulent absolument voir apparaître dans le rulebook, pour s'assurer qu'à l'avenir, les pertes irréversibles causées chez eux par des événements extrêmes seront prises en compte en tant que telles, et non pas incluses dans d'autres fonds, dédiés à l'adaptation au changement climatique.

Les économies émergentes (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud) insistent quant à elles sur la flexibilité. Depuis les premières négociations climatiques en 1992, un principe important est celui des responsabilités communes mais différenciées (CBDR en anglais). En gros, cela signifie que les États sont tous responsables du réchauffement climatique, mais que leurs efforts doivent être modulés en fonction de leur responsabilité historique – les pays les plus anciennement industrialisés doivent faire plus – et des moyens dont ils disposent. Une fois que les États auront fixé leurs NDC, ils devront ensuite régulièrement évaluer leurs avancées. Ce que réclament les pays du Sud, c'est une flexibilité dans ces évaluations car ils jugent qu'ils n'auront pas les moyens financiers et techniques pour bien les faire. Mais un coup de théâtre survenu jeudi soir pourrait changer la donne : la Chine a annoncé qu'elle renonçait à cette exigence et acceptait d'obéir aux mêmes règles que les pays développés sur ce point.

Aucun ministre français dans le round final !

Une Coalition pour une haute ambition a été lancée mercredi par quelque 70 États, dont 11 Européens parmi lesquels la France et l'Allemagne. Elle ne réunit qu'un tiers des pays signataires de l'accord de Paris, alors que la coalition similaire lancée en 2015 comptait 118 nations, dont les 28 pays de l'UE.

L'Europe est très en retrait. Et la France brille par son absence ! Ni le ministre de la Transition écologique François de Rugy, ni la secrétaire d'État Brune Poirson — partie précipitamment mardi soir en raison de la crise des Gilets jaunes –- ne sont présents à Katowice ? Sans doute une première dans toute l'histoire des COP.

Jeudi soir, la présidence polonaise — critiquée par de nombreux observateurs pour son « inertie » et son échec à créer une dynamique ministérielle -– a enfin fini par publier un nouveau texte. Peu avant minuit, des experts commençaient à le décrypter, tout en se frottant les yeux, déjà gonflés de fatigue. Si certains points leur semblaient positifs, d'autres au contraire suscitaient leur inquiétude, comme la question des pertes et préjudices -– dont le traitement allait selon eux « décevoir les petites îles et les pays en voie de développement » — ou l'article 6, bourré de crochets, sur l'utilisation des marchés carbone et autres moyens de coopération. C'est sur cette base que les ministres devaient commencer vendredi à livrer bataille.


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Voir en ligne : Le journal de la COP24

Source : Dorothée Moisan pour Reporterre

Photos : © Sadak Souici/Reporterre



Créer un jardin punk, impertinent et écolo

Avec son « Petit traité du jardin punk », Éric Lenoir invite chacun à mesurer à quel point il lui est possible de créer, quoiqu'il arrive, un espace beau et écologique.

  • Présentation du livre par son éditeur :

Soyez écolo et rebelle !

« à force de chercher la nature, on finit par la trouver »

Concept radical et provocant, le jardin punk est une invitation à pratiquer le jardin autrement, au delà des convention, avec son instinct et son intuition. Il est nécessaire parce qu'il répond aux problématiques actuelles de l'écologie appliquée pour amener de la biodiversité dans chaque parcelle du quotidien et à l'embellissement de notre environnement quels que soient les connaissances, moyens financiers, etc.

Conçu pour que le néo-jardinier ne voie pas son envie de jardiner bridée par sa méconnaissance ou les idées préconçues (par lui-même ou les autres), l'objectif de cet ouvrage est que chacun mesure à quel point il lui est possible de créer, quoiqu'il arrive, un espace beau et écologique.

Adoptez la culture punk pour créer un jardin impertinent et apprenez à le gérer en restant fainéant, rebelle, fauché et écolo !


  • Petit traité du jardin punk. Apprendre à désapprendre, d'Éric Lenoir, éditions Terre vivante, novembre 2018, 96 p., 10 €.


Dans la Drôme, un havre réservé à la vie sauvage

Depuis quatre ans, l'Association de protection des animaux sauvages ouvre des réserves privées où la nature s'épanouit sans intervention humaine, en suivant un principe de « non-gestion ». Reporterre a visité la première du genre à avoir été créée, celle du Grand Barry, sur les contreforts du Vercors.

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Ce reportage s'inscrit dans notre série La balade du naturaliste : une randonnée à la découverte d'une espèce ou d'un milieu exceptionnel, en compagnie d'un passionné, qui nous explique.


  • Véronne (Drôme), reportage

D'habitude, Clément Roche monte à pied : en partant de la petite mairie de Véronne, cela lui prend une heure, à tout casser. Mais une vilaine entorse du genou change aujourd'hui ses habitudes. En ce début d'après-midi du mois de novembre, c'est en voiture que l'on traverse avec lui la forêt domaniale du Grand Barry. Nous sommes au cœur de la Drôme, quelque part entre Crest et Die, au pied du Vercors.

Cela fait bien quinze minutes que le véhicule cahote sur les chemins forestiers, entre les pins sylvestres et les chênes. Les pentes du Vercors sont roussies par l'automne. En face, le massif de la forêt de Saou pointe ses Trois Becs vers un ciel gris. Nous dépassons une maison, une deuxième, puis Clément se gare devant un panneau. C'est ici que se cache la première « réserve de vie sauvage » [1] de France : la réserve du Grand-Barry. En 2014, l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a fait ici l'acquisition de 105 hectares de forêt, avec un objectif : laisser libre cours à la nature, sans aucune gestion.

Clément Roche, responsable des « réserves de vie sauvage » de l'Association de protection des animaux sauvages (Aspas), guette les chamois dans la réserve du grand Barry.

Clément Roche travaille à l'Aspas depuis quelques mois : il coordonne l'ensemble des réserves de vie sauvage. En novembre 2018, l'association compte cinq réserves (en Drôme, en Bretagne…) et espère en ouvrir une nouvelle, à quelques kilomètres du Grand Barry. Le projet « Vercors vie sauvage » s'étendrait sur 500 hectares et serait pensé pour accueillir du public : une première pour l'association. Véritables sanctuaires pour la vie sauvage, ces cinq réserves privées bénéficient d'un statut de protection unique en France : ici, la chasse est strictement interdite alors qu'elle est autorisée dans 70 % des territoires protégés par l'État. La coupe et l'exploitation du bois, autorisée partout ailleurs, est, elle aussi, interdite. La forêt s'épanouit librement, tout comme la faune qui l'habite.

« Un arbre qui meurt génère tout un nouvel écosystème » 

Le Grand Barry est la plus ancienne réserve privée de l'Aspas. Bordée au nord par le Parc naturel du Vercors, elle se situe au cœur d'une vaste zone sauvage, sans agriculture ni élevage. Ici, le territoire est riche : si les pentes du massif étaient utilisées comme pâturages au début du XXe siècle, le déclin de l'élevage a permis à la forêt de reprendre naturellement ses droits depuis une cinquantaine d'années. Cette toute jeune forêt spontanée a pris racine sur un support géologique calcaire, typique du Vercors, dominé par une petite falaise. Un écosystème diversifié, propice à la faune. « En été vole ici une quantité innombrable d'insectes, notamment de papillons que l'on voit peu ailleurs, comme le faune et l'ermite, raconte le naturaliste Gilbert Cochet, correspondant au Muséum national d'histoire naturelle et grand connaisseur des lieux. Avec ses arbres et ses clairières naturelles, l'habitat est propice, mais cette profusion est aussi liée à l'absence de pesticides à des kilomètres à la ronde ! »

Les falaises du Grand Barry culminent à 1.100 mètres. Elles accueillent de nombreux rapaces, et des chamois.

Seuls les cris des geais des chênes percent le silence automnal de cette forêt sauvage. Les collines se colorent par petites touches pointillistes, du rouge éclatant au vert sombre, suivant l'alternance d'arbres feuillus et de résineux. Le ciel est lourd, la pluie n'est pas loin. à peine sorti de la voiture, Clément Roche pointe du doigt les falaises du Grand Barry, qui culminent à 1.100 mètres ; il dégaine ses jumelles d'un geste vif, sans un bruit. Là-haut, sur les crêtes, deux chamois gambadent. Un peu plus loin, sur un affleurement rocheux, un autre broute tranquillement. De longs regards s'échangent. Clément siffle pour prévenir de notre présence. Mais rien n'affole le chamois. Il prend son temps. Seul le déclencheur de l'appareil photo le pousse à déguerpir.

Au Grand Barry, « les animaux n'assimilent pas l'Homme à une menace », d'après le naturaliste Gilbert Cochet. Ce chamois lui donne raison.

Pour Gilbert Cochet, grand défenseur de la « non-gestion », ce comportement est typique des « réserves de vie sauvage ». « Quand on laisse des espaces naturels vierges, sans intervention, les comportements de la grande faune évoluent vite : les animaux sont beaucoup plus tranquilles, confiants. On le voit bien grâce aux pièges photographiques. Même la présence de l'homme ne les effraie pas : dans ces zones où ils ne sont pas chassés, ils ne l'assimilent pas à une menace. » Ce chamois-là a visiblement bien intégré qu'il serait tranquille sur ce rocher, alors que la chasse se pratique quelques dizaines de mètres plus bas. On apprend vite.

Les yeux rivés au sol, Clément relève les traces laissées dans la terre. Ici, sans doute les sabots d'un jeune chamois.

Les yeux rivés au sol, Clément relève les traces laissées dans la terre. Ici des crottes, là, des pas. Il avance en évitant de marcher sur des branches mortes. « Plus on sait se faire discret, plus on a de chance de voir des animaux ! » Il se souvient avec émotion de la première fois qu'il est monté ici, au Grand Barry, alors qu'il venait d'intégrer l'Aspas. « Depuis les falaises, un aigle royal est venu tournoyer au-dessus de moi. C'était magique : j'ai eu l'impression qu'il me souhaitait la bienvenue ! » Les falaises du Grand Barry et les pins sylvestres accueillent en effet de nombreux rapaces. Ici, on peut croiser des circaètes jean-le-blanc, des faucons pèlerins, mais aussi des vautours fauves et moines, réintroduits dans les massifs alentours du Vercors et des Baronnies, et même des gypaètes barbus. Aujourd'hui, aucun rapace à l'horizon. Mais au Grand Barry, on croise également des insectes saproxylophages — qui se nourrissent de bois mort — : des coléoptères, des lucanes… « Un arbre qui meurt génère tout un nouvel écosystème, explique la naturaliste Béatrice Kremer-Cochet. Les insectes viennent manger le bois, les pics mangent les insectes, les champignons se développent… Dans toutes les forêts gérées, où les arbres sont coupés sans vieillir, on se prive de cet écosystème. Laisser vieillir une forêt, c'est une belle expérience : une forêt d'un siècle ne possède que 10 % de sa biodiversité potentielle, ce n'est rien du tout ! Sans compter que, plus un arbre est vieux, plus il fixe du CO2. »

« La non-gestion est le plus haut niveau de respect de la nature » 

Reste désormais à contempler cette forêt du Grand Barry, à la laisser vieillir. Doucement. à son rythme, qui n'est pas le nôtre. à l'échelle de la faune et de la flore, il faudra au moins 100 ans pour observer des évolutions découlant de la mise en réserve de vie sauvage. Mais nul ne peut prédire comment se développera cet écosystème. « La nature, avec toutes ses composantes végétales et animales, réserve toujours des surprises », se réjouit Béatrice Kremer-Cochet.

Jumelles à la main, Clément Roche surveille les alentours.

Alors que 1 % du territoire français seulement est protégé par l'État, à quoi peuvent bien servir ces quelques hectares libérés de l'intervention humaine ? à constater, pour commencer, que la nature se débrouille parfaitement bien par elle-même ! Le territoire français grouille d'espèces sauvages réintroduites avec succès, et d'autres qu'un statut d'espèce protégée a permis de sauver durablement. Désormais, il s'agit de régénérer les écosystèmes en laissant à la nature la place de s'épanouir. S'il est difficile de dupliquer le modèle de la réserve privée sur l'ensemble du territoire — ne serait-ce que pour des raisons foncières —, le principe du réensauvagement fait son chemin en Europe [2]. Le réseau Rewilding Europe, à laquelle appartiennent les réserves de vie sauvage, s'est donné pour objectif de rendre un million d'hectares à la nature d'ici à 2020, et les initiatives se multiplient en France.

Les défenseurs du réensauvagement prônent la prise de conscience publique : rendre à la nature quelques espaces où elle peut évoluer librement, soulagée de la pression humaine, est vital. « Rendre de la vie à nos paysages est notre meilleur espoir d'un monde où l'Homme et la nature peuvent non seulement coexister, mais s'épanouir », assure Frans Schepers, directeur du réseau Rewilding Europe. « La non-gestion est le plus haut niveau de respect de la nature enchérit Gilbert Cochet. C'est un geste d'humilité, un geste qui invite à la contemplation. » Deux notions bien rares aujourd'hui.


[1] « Réserve de vie sauvage » est un label déposé à l'Institut national de la propriété industrielle (Inpi).

[2] Le terme anglais rewilding est davantage utilisé que le terme français.

Source : Caroline Revol-Maurel pour Reporterre

Photos : © Caroline Revol-Maurel/Reporterre
. chapô : En plein cœur du Vercors, entre Crest et Die, la forêt du Grand Barry fait face au massif de la forêt de Saou, dominé par les Trois Becs.





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