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La préfecture confirme des risques liés à l'ammonitrate en Alsace

Les dénégations de la CAC d'Ottmarsheim sur la dangerosité de son stockage d'ammonitrate révélée par Reporterre s'effondrent à la lecture des rapports d'inspection réalisés par les services de l'État. Des documents publics qu'il nous a fallu, cependant, aller chercher physiquement à la préfecture du Haut-Rhin.

  • Colmar (Haut-Rhin), reportage

L'accueil est cordial. Sourires et politesse de rigueur, Étienne Spettel, le chef du bureau des enquêtes publiques et des installations classées de la préfecture du Haut-Rhin, l'assure : « Le préfet tient à ce que nous soyons transparents sur ce dossier. » Le dossier ? Les non-conformités frappant les stocks d'ammonitrate dans la Coopérative agricole de céréales (CAC) d'Ottmarsheim que Reporterre avait révélés à la mi-septembre. La scène se joue au sein de la préfecture du Haut-Rhin de Colmar, imposant bâtiment tout en angles et en béton, qui tranche avec l'architecture alsacienne en pan de bois du centre-ville. Dans un bureau du 1er étage, une pile de documents nous attend. Il y là les rapports d'inspection de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) du site d'Ottmarsheim, datés du 9 février, du 17 mai et du 7 août 2018, ainsi qu'une paire d'échanges entre la préfecture et la coopérative. Des précisions que Reporterre demandait à la préfecture depuis le 20 août, et dont les réponses ont été une première fois « égarées » fin août, avant d'être renvoyées par la Dreal dix jours plus tard à la préfecture, qui ne les a jamais transmises au quotidien de l'écologie, malgré les méls et les appels que nous leur avons adressés. Il aura fallu prendre rendez-vous à la préfecture pour enfin consulter, comme la loi le permet, ces documents.

Entre les lignes de ces rapports s'amoncellent des précisions sur les faits que nous avions déjà révélés. Contrairement à ce répondait la CAC d'Ottmarsheim à Reporterre en septembre, qui affirmait fermement être « en conformité et respecte les normes », n'avoir « jamais entendu parler de ces non-conformités » et trouvait « ces allégations choquantes, voire diffamantes », les rapports d'inspection de la Dreal et les échanges entre la préfecture et la coopérative prouve l'exact contraire. Lors de sa visite du site d'Ottmarsheim le 9 février, déclenchée par l'avertissement d'un inspecteur des risques industriels de Groupama Grand Est, les inspecteurs de la Dreal ont relevé pas moins de 6 non-conformités correspondantes à certaines révélations du lanceur d'alerte, et fait trois observations sur des points techniques nécessitant de plus amples informations avant de pouvoir être qualifiés de non-conformités.

Six non-conformités et trois observations relevées par la Dreal sur le site d'Ottmarsheim

La Dreal signale entre autres dans son rapport que « les lances à incendies n'ont jamais été mises en place », que « le plan d'intervention présent sur le site n'est pas la dernière version en vigueur dans l'établissement. Il ne traite pas ou peu d'engrais (…) et particulièrement de nitrate d'ammonium », que « les consignes au personnel ne sont pas suffisamment explicites pour être exécutées correctement dans l'urgence », que « la clôture entre la CAC est ses voisins n'est pas continue jusqu'au Grand Canal d'Alsace », etc. D'autres points, tels que la présence d'employés fumant à proximité des cases d'ammonitrate ou de chouleurs trop proches des stocks n'ont eux, pas pu être confirmés lors de l'inspection. Les six non-respects de la réglementation se sont vu ordonner une mise en conformité allant de trois à six mois.

La dernière visite de la CAC d'Ottmarsheim par la Dreal, datée du 7 août 2018, fait état d'un contrôle « avancé » bien « [qu']annoncé en avance », qui a révélé deux non-conformités et cinq nouvelles observations. Celles-ci ont bien été transmises à la CAC, qui s'est engagée par courrier au préfet « à y remédier dans les meilleurs délais ».

On retrouve également dans ce dernier rapport le constat des aménagements effectués depuis la visite de février : les lances à incendie ont été mises en place, ainsi qu'une détection incendie. Face à « l'absence de toute formation incendie récente et d'exercice », des formations sur les engrais, sur la manipulation d'extincteur, sur les premiers secours ainsi qu'un exercice incendie ont été organisés. Une formation explosion est de même prévue en novembre. Concernant les différents points techniques que le lanceur d'alerte avait révélés, des améliorations ont elles aussi été mises en place.

Les cases de stockage d'ammonitrate de la CAC d'Ottmarsheim. Photo prise par le lanceur d'alerte et transmise à la Dreal en janvier 2018.

à en croire ces documents, il semblerait que la Dreal et la préfecture ont réagi avec efficacité aux problèmes soulevés par le lanceur d'alerte, et ont surveillé avec attention les améliorations apportées par la coopérative au site d'Ottmarsheim. Celle-ci a répondu régulièrement aux demandes et questions de la Dreal, évitant à plusieurs reprises les mises en demeure en témoignant de sa bonne volonté. Cependant, il aura fallu que l'inspecteur de Groupama relance de nouveau la préfecture pour que soit prise en considération l'intégralité des faits qu'il a révélés, et qui concernait également les coopératives agricoles d'Ensisheim, de Colmar et de Pont d'Aspach. « J'ai bien été destinataire d'une lettre en février m'annonçant la prise en compte de mon alerte. [La Dreal] a rapidement enclenché la visite de Ottmarsheim… Puis plus rien. Aucune visite des 3 autres sites [n'a été programmée] avant ma seconde lettre avec accusé de réception du 3 mai », précise-t-il à Reporterre.

 « Les stockages étant inférieurs à 250 tonnes d'ammonitrate, aucun texte spécifique n'est applicable pour les réglementer »

Effectivement, ces trois derniers sites n'ont été inspectés simultanément que le 17 mai 2018. à la suite de cette visite, la CAC de Colmar a prévu de réaliser des contrôles par « un organisme agréé au titre du contrôle quinquennal des installations prévu en août ». Elle a également adressé au préfet un dossier comprenant des plans, la description exacte des activités exercées, permettant la mise à jour du classement des installations. Le 20 juin 2018, l'exploitant a adressé à l'inspection un courriel dans lequel est joint un dossier intitulé « CAC Colmar — mise à jour du dossier de déclaration », daté du 10 septembre 2016, mais qui « n'avait jamais été transmise aux services de la préfecture ni à l'inspection des installations classées ». De son côté, l'exploitant d'Ensisheim a décidé de ne plus stocker d'ammonitrate 33 % dans l'ensemble de ses dépôts à la suite de cette visite.

Une mesure qui ne devrait cependant pas changer les pratiques au sein des coopératives, selon le lanceur d'alerte. « Les stockages étant inférieurs à 250 tonnes d'ammonitrate, aucun texte spécifique n'est applicable pour les réglementer. Donc, la CAC fait ce qu'elle veut. On peut avoir 50 tonnes d'ammonitrate au cœur d'une zone commerciale dans un hangar complètement rempli de combustibles et autres produits phyto en toute conformité. »

Quant à savoir pourquoi aucune réponse n'a été apportée aux questions de Reporterre envoyées une première fois à la Dreal et à la préfecture le 20 août dernier, le flou demeure. « L'équipe communication de la préfecture n'est pas habituée à communiquer avec les journalistes », suppose Étienne Spettel. Un argument qui peine à convaincre, n'est-ce pas leur rôle de communiquer avec les journalistes ? « Il y a aussi une question de sécurité. Dans le contexte des menaces terroristes actuelles, nous n'aimons pas dévoiler des éléments qui peuvent donner de mauvaises idées à des individus mal intentionnés. » Un argument qui s'entend, mais qui n'aurait pas empêché l'équipe communication de répondre à nos questions sans révéler d'information compromettante au moment où nous les avons posées.


  • Pour obtenir l'accès aux rapports de la Dreal, nous recommandons de prendre rendez-vous auprès de la préfecture à l'adresse suivante : pref-bepic@haut-rhin.gouv.fr

LA DREAL ÉCRIT AU DIRECTEUR DE LA CAC D'OTTMARSHEIM

Nous publions la lettre recommandée de la Dreal au directeur de la Coopérative agricole de céréales, daté du 28 septembre 2018 :

Par rapport du 29 août 2018, dont vous avez reçu copie le 13 septembre 2018, l'inspection des installations classées m'a informé des suites données aux non-conformités et observations suscitées par la visite de contrôle du dépôt d'engrais que vous exploitez sur le territoire de la commune d'Ottmarsheim réalisée le 7 août 2018. (...) Vous m'avez exposé, dans votre courrier du 26 septembre 2018, les mesures que vous comptiez mettre en œuvre pour satisfaire à vos obligations (...). Ainsi, je sursois à la procédure de mise en demeure (...). En contrepartie, je vous demande de me tenir régulièrement informé de la réalisation des travaux et de me communiquer dès leur réception les études et les résultats des vérifications prévues, accompagnés de tout caractère probant. »

Source : Moran Kerinec pour Reporterre

Photo :
. chapô : La préfecture du Haut-Rhin, à Colmar. © Moran Kerinec/Reporterre



Notre-Dame-des-Landes, un appel à une autre façon de vivre

« Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre » livre un témoignage inédit et étonnant sur les modes d'habiter expérimentés sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

  • Présentation du livre par son éditeur :

« Ils inventaient des manières de vivre inédites, les pieds dans la terre et la tête dans les étoiles... »

Notre-Dames-des-Landes ou le métier de vivre livre un témoignage inédit et étonnant sur les modes d'habiter expérimentés sur la Zad de Notre-Dame- des-Landes. Il rassemble dessins, photographies, textes et témoignages.

L'idée a germé lorsqu'en 2014 Christophe Laurens, cofondateur du master Alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine, a découvert les constructions de la Zad lors d'un séminaire organisé à l'Upah : l'Université populaire anarchiste du Haut-Fay, un lieu de vie collectif et autogéré installé sur la Zad. Convaincu de l'intérêt architectural et expérimental des cabanes construites, il propose à ses étudiants de se rendre sur place pour découvrir et étudier ces manières d'habiter un territoire, en élaborant des relevés architecturaux et paysagers des constructions de la zone. En 2016, les étudiants découvrent donc un lieu unique. Le contexte militant de la Zad a fait naître des architectures poétiques au registre formel riche, ancrées dans leur milieu et dont les qualités constructives ne sont pas négligeables : rapidité de construction, réemploi, développement de solutions techniques ingénieuses.
L'ouvrage s'organise autour de plusieurs lieux emblématiques, et pour certains aujourd'hui détruits.

Les dessins des étudiants et les photographies de Cyrille Weiner se répondent, émaillés de témoignages des habitants. Un entretien entre Patrick Bouchain et Jade Lindgaard, ainsi qu'un texte de Christophe Laurens introduisent le livre. Cet ouvrage est un appel à une autre façon de vivre : l'autogestion, la tentative d'invention de nouvelles formes d'organisation collective...

Christophe Laurens, architecte et paysagiste, coordonne le DSAA alternatives urbaines (Diplôme supérieur d'arts appliqués) de Vitry/Seine et s'intéresse particulièrement aux manières locales d'habiter et de transformer les territoires urbains contemporains. Il est également contributeur de l'institut Momentum et administrateur du Printemps de l'éducation. Patrick Bouchain est architecte, scénographe, et connu pour avoir réhabilité de nombreux sites industriels en lieux culturels mais aussi pour s'être spécialisé dans la construction de structures éphémères au service d'une architecture à Haute Qualité humaine... Jade Lindgaard est journaliste à Mediapart. Elle travaille sur l'écologie, le climat, l'énergie, les grands projets d'infrastructures et la Zad de Notre-Dame-des-Landes... Cyrille Weiner est photographe. Il pose de façon récurrente la question de l'espace, notamment dans ses marges et ses lieux de transformation. Son travail a été publié par de nombreux magazines internationaux et exposé dans plusieurs musées.


  • Notre-Dame-des-Landes ou le métier de vivre, texte de Christophe Laurens, entretien entre Patrick Bouchain et Jade Lindgaard, dessins des étudiants en master Alternatives urbaines de Vitry-sur-Seine, photographies de Cyrille Weiner, éditions Loco, octobre 2018, 208 p., 32 €.


En Charente, un village fait le pari d'une gestion collective des terres

Pour lutter contre la concentration des terres agricoles et la désertification, la commune d'Alloue a monté Terres en chemin. Cette société collective préserve des terres pour des projets d'installation agricole à taille humaine, au bénéfice de la qualité de vie du village.

  • Alloue (Charente), reportage

C'est un mal persistant, profond, qui frappe Alloue depuis une dizaine d'années. « C'est aussi massif qu'une fermeture d'usine, mais ça se fait petit à petit, au fil des ans », rapporte Jean-Jacques Catrain, maire de ce village de Charente. Ici comme ailleurs, les petites fermes disparaissent au profit d'exploitations toujours plus grandes, détruisant les emplois, puis les petits commerces et les services de proximité. Les jeunes vont chercher mieux ailleurs et la population vieillit. « Il y a quatre ans, nous avons fait le constat de la situation économique du village, explique le maire. L'homme de 53 ans, habitant d'Alloue depuis l'enfance, connaît bien sa commune. En dix ans, le nombre de fermes avait été divisé par trois, avec une tendance à la reprise des pâturages par des céréaliers. » Alors, les habitants d'Alloue ont décidé de reprendre la main sur la répartition des terres agricoles et de décider du modèle de développement dans lequel le village évoluerait.

La rue principale d'Alloue avec son prieuré.

La réflexion collective a mené à la création, en septembre 2016, de la Scic (société coopérative d'intérêt collectif) agricole Terres en chemin. L'entreprise a pour objectif de gérer les terres des agriculteurs partis en retraite pour les mettre à disposition de jeunes cherchant à s'installer. Éleveur bio de vaches laitières depuis trente ans à Alloue, Christian Leduque a pris sa retraite il y a deux ans. à ce jour, il est gérant de la Scic. « Terres en chemin a le statut d'exploitation agricole, explique-t-il. Elle a les mêmes droits et devoirs. Ce qui nous permet d'acheter, de louer, d'exploiter et de vendre des terres. » L'entreprise fonctionne sur le principe de : une personne égale à une voix. La part sociale est de 20 euros et les adhérents ne touchent pas de bénéfices. Ils sont 12 agriculteurs, des syndicats agricoles, la mairie, la communauté de communes, ainsi que des associations du village. Une quinzaine de citoyens ont aussi adhéré en leur nom, hors association. Comme Amandine Boutin, institutrice : « J'ai fait des études d'agriculture et voulais me rapprocher à nouveau de ce milieu, dit-elle. Avec la Scic, nous allons pouvoir décider tous ensemble du sort des terres agricoles. »

La préservation de cette agriculture à taille humaine est menacée par l'évolution de la transmission du métier 

L'agriculture tient une place centrale dans la commune. Il suffit de se poser une heure à la terrasse de Chez Patou, le seul bistrot du village, pour s'en rendre compte : sur la route principale, bordée de maisons en pierres de taille et d'un ancien prieuré bénédictin, on voit passer presqu'autant de tracteurs que de voitures. « La commune compte 520 habitants et nous avons 23 fermes », explique le maire. Ce qui fait de l'agriculture l'activité économique principale. « Nous sommes à une heure de Limoge, de Poitiers et d'Angoulême, ajoute-t-il. Il n'y a donc pas de bassin d'emploi important à proximité. »

Jean-Jacques Catrain, le maire d'Alloue.

Alloue se love dans un vallon traversé par la Charente. Autour, les prés destinés au pâturage quadrillent la terre, qui gagne en altitude. Nous sommes au pied du Massif central, à seulement 90 kilomètres de Cognac, pourtant l'univers viticole est déjà loin. « Nous sommes ici sur une terre d'élevage, notamment de vaches et de moutons », raconte Christian Leduque, le gérant de la Scic. Un avantage pour l'emploi : « Alors qu'un céréalier va vivre sur 200 à 300 hectares, un éleveur laitier qui transforme lui-même peut se satisfaire de 30 à 40 hectares, relève l'ancien agriculteur. Et pour un maraîcher, moins de cinq hectares suffisent. » Mais, la préservation de cette agriculture à taille humaine est menacée par l'évolution de la transmission du métier. « Autrefois, un des enfants reprenait l'exploitation des parents, se souvient le maire. Aujourd'hui, les jeunes souhaitant s'installer en élevage ne sont pas d'ici et viennent de plus en plus souvent de milieux urbains. Cela complexifie la transmission et les céréaliers des villages autour en profitent pour reprendre ces terres et s'agrandir. »

« La commune compte 520 habitants et nous avons 23 fermes », explique le maire.

C'est là que Terres en chemin intervient. « Le rôle de la Scic est de stocker les terres. Elle loue les prairies des agriculteurs partis à la retraite et s'en occupe, en attendant qu'un jeune vienne s'installer, explique l'élu. On empêche ainsi la spéculation. Ces systèmes se créent quand il y a du vide. En étant organisés et en installant les jeunes, ils ne viendront pas, puisqu'il n'y a pas de vide. » Pour le moment, deux agriculteurs partis à la retraite louent leurs terres à la Scic. Celle-ci se charge de faucher les prairies et de faire le foin sur les parcelles qui ne sont pas encore occupées. « C'est comme l'histoire des prédateurs, compare Christian Leduque. Le renard prend un territoire quand il est vide. Eh bien, là, c'est la même chose. » Selon le maire, c'est l'argument des céréaliers : « Ils disent que s'ils ne prennent pas le terrain, personne ne le prendra. » Et l'agriculteur de filer la métaphore : « Mais si le terrain est occupé, les renards vont chasser ailleurs ! »

Christian Leduque, le gérant de la Scic Terres en chemin.

Bien sûr, la commune ne peut pas contraindre les agriculteurs partant à la retraite de louer à Terres en chemin. « Notre système dépend du bon vouloir des citoyens, concède le maire. Mais il fonctionne, car c'est dans l'intérêt de tous de vivre dans un village vivant. Et le lien social vient renforcer cela. » Outre les aspects économique et social, c'est leur environnement que les habitants d'Alloue tiennent à préserver. « La Charente est le fleuve le plus pollué de France, rappelle l'élu. Mais ici, en amont des vignes et des cultures céréalières, l'eau est préservée. Avec les prairies, il n'y a pas de désherbants et très peu d'engrais chimiques. »

« Nous allons pouvoir décider des productions présentes dans la commune en fonctions de nos besoins » 

Pour attirer les jeunes à Alloue, la Scic travaille main dans la main avec l'association d'expérimentation agricole Champs de partage. « Avec cette association, on préconise l'installation progressive, commente Christian Leduque, le gérant de la Scic. Par exemple, il y a actuellement un porteur de projet en apiculture à Champs de partage, qui s'installera ici en fin d'année. Pour être reconnu apiculteur, il lui faut au moins 150 ruches. Il a acheté au début de son test 50 ruches. Il va amener progressivement son cheptel à la dimension économique permettant d'être reconnu. » Champs du partage fonctionne pour le moment dans les quatre départements de l'ancienne région du Poitou-Charentes. Les personnes accompagnées par l'association vont pouvoir se mettre en conditions à Alloue. Certains dans le but de s'y installer et d'autres simplement pour se roder avant de partir ailleurs. Mais la commune accueille également des porteurs de projet souhaitant s'installer sans passer par l'association d'expérimentation agricole.

Pour attirer les jeunes à Alloue, la Scic travaille main dans la main avec l'association d'expérimentation agricole Champs de partage.

Jenny Lhoir, 36 ans, s'installera sur les terres de la Scic cet automne pour y élever des canards coureurs indiens. « Mon compagnon est maraîcher et je voulais rejoindre le milieu agricole, mais je ne trouvais pas de terrain pour m'installer, raconte la jeune femme. Aux 30 ans de la Confédération paysanne, j'ai rencontré Christian Leduque. Il m'a parlé de Terres en chemin et m'a proposé de m'installer à Alloue. » L'activité de Jenny, d'abord en phase de test avec Champs de partage, occupera dix hectares. Les volatiles seront vendus en circuit court, mais aussi loués aux vignerons et aux maraîchers. « Cette espèce de canard a la particularité de consommer des insectes sans nuire aux cultures, indique l'entrepreneuse. Ils représentent une bonne alternative aux pesticides. »

Un « espace test » de Champs de partage prêt à accueillir du maraîchage.

Après l'installation des ruches et des canards en fin d'année, d'autres projets d'installation seront étudiés au printemps. « Nous allons pouvoir décider des productions présentes dans la commune en fonctions de nos besoins, se réjouit Amandine, l'institutrice. Actuellement, on manque de fruits et légumes, par exemple. » Le maire va également actionner d'autres leviers pour développer les circuits courts : « Par exemple, faire le choix des produits locaux à la cantine ou organiser des commandes de paniers par internet pour les jeunes actifs. » Selon lui, Terres en chemin est un simple outil, au service d'un projet plus grand : « Derrière la Scic et la question de l'alimentation, il y a tout un projet de société, qui s'appuie sur le lien social dans la commune. » Un projet où, finalement, les céréales aussi peuvent trouver leur place : « Depuis peu, une jeune paysanne-boulangère s'est installée à Alloue. Elle cultive ses céréales bio sur la commune, fait sa farine et son pain. Du champ au stockage, il y a 500 mètres. Du stockage au moulin et au four, 100 mètres. Et du four au bourg, un kilomètre. »

Source : Benoît Vandestick pour Reporterre

Photos : © Benoît Vandestick/Reporterre sauf :
. chapô : Une parcelle entretenue par Terres en chemin, en attente d'un nouvel arrivant. © Terres en chemin
. panneau et espace test : Terres en chemin



Pour imposer Cigéo, l'État nucléaire écrase l'opposition

On ne peut pas contester la filière nucléaire française. C'est le constat fait par l'auteur de cette tribune, qui raconte comment les opposants — dont lui-même — au projet d'enfouissement des déchets nucléaires Cigéo, dans la Meuse, connaissent quotidiennement les pressions policières et des condamnations autoritaires.

Gaspard d'Allens est opposant au projet d'enfouissement de déchets nucléaires Cigéo. Il est aussi journaliste — il travaille notamment avec Reporterre — et écrivain, coauteur de Bure, la bataille du nucléaire et de Les Néopaysans, tous deux aux éditions Le Seuil-Reporterre.

Gaspard d'Allens.

Parfois je me demande au réveil, à l'aube naissante, dans quel pays nous vivons. Il y a un an, en septembre 2017, j'ai vu débarquer à six heures du matin des dizaines de gendarmes dans mon village, à Mandres-en-Barrois, près de Bure (Meuse). Ils venaient fouiller des appartements et des maisons d'opposants au projet de poubelle radioactive Cigéo. Un mouvement auquel j'appartiens.

L'hélicoptère tournait au-dessus de nos têtes tandis que les gendarmes forçaient les portes au pied-de-biche et hurlaient dans la rue « On bouge pas ! », arme au poing. Ils ont embarqué au passage des dizaines d'ordinateurs, des clés USB, des téléphones portables et des livres sur l'écologie. C'était notre première perquisition. Depuis, nous en avons subi quatre autres. Dans la mêlée, mon manuscrit Bure la bataille du nucléaire a été saisi. Comme pièce à conviction. Mes premiers lecteurs, c'était des flics.

Un an plus tard, mardi 16 octobre, je me suis réveillé en apprenant que j'avais un procès le jour même. Je n'ai pas été prévenu. Je n'ai pas reçu de convocation ou de dossier pénal. Mon avocat l'a su en se rendant au tribunal pour d'autres affaires. Le procureur, qui a envoyé les documents à une mauvaise adresse, me dit « radicalement introuvable ». Pourtant, je suis sous écoute depuis un an dans le cadre d'une enquête qu'il mène sur la prétendue « association de malfaiteurs » que constituerait le mouvement d'opposition à Cigéo. Je suis surveillé quotidiennement. Toutes mes conversations sont fichées, mes gestes, mes déplacements aussi. Il m'est arrivé, lors de conférences publiques à l'autre bout de la France, de voir des gendarmes filmer la salle. à Mandres-en-Barrois, dans ma maison, il n'est pas rare de croiser à la fenêtre un membre du PSIG [1] avec son smartphone. « Clic ». On nous prend en photo, cinq fois, dix fois, quinze fois par jour. « Clic ». La nuit, leurs phares éclairent ma chambre. Nous vivons sous occupation militaire. C'est comme dans le film La Vie des autres, sauf qu'ici, ils ne se cachent même pas.

Les dérives autoritaires se répandent comme une marée pestilentielle 

En urgence, j'ai demandé mardi le report du procès. Il a été refusé. J'ai été jugé en absence, sans aucun droit de défense. Sans avocat. Sans même avoir la possibilité de m'exprimer. Je risque trois mois de prison avec sursis, 3.000 euros d'amende pour avoir, d'après eux, entravé des travaux au bois Lejuc, ce bois où l'Andra [2] souhaiterait enfouir les pires rebuts toxiques de notre modernité. Des déchets radioactifs, pour des dizaines de milliers d'années.

Je rappelle que la propriété du bois est contestée. Qu'un flou juridique plane sur cette forêt et que l'Andra a été condamnée pour avoir effectué des travaux illégalement. Je m'étais ainsi opposé à l'arrivée d'une pelleteuse, le 23 janvier 2017, en me mettant symboliquement devant elle. Un journaliste de France 3 était là pour filmer. Où se trouvait la violence ? Une opposante a été molestée par des vigiles. Sa plainte, classée sans suite. Les bulldozers ont rasé des cabanes alors que les occupants n'étaient pas encore expulsables… Que fait-on du droit, de la légalité ? En février 2017, le tribunal administratif allait juger que l'Andra n'était pas propriétaire du bois

à Mandre-en-Barrois, la présence gendarmesque est permanente.

La filière nucléaire n'accepte pas la contestation. Et c'est quand on lui donne de la visibilité qu'elle déploie toute sa violence. Qu'elle écrase, qu'elle atomise. Je sais que c'est pour cette raison que je suis ciblé, ce jugement pour entrave n'est qu'un prétexte pour nous intimider et nous faire taire.

Cela fait longtemps que nous voyons les dérives autoritaires se répandre comme une marée pestilentielle. Dans l'opposition à Cigéo, une militante historique de 60 ans s'est retrouvée en garde à vue pendant 50 heures au début de l'été. Un maraîcher a eu un procès pour avoir transporté un opinel et une pelle à tarte dans son camion. Le 20 juin 2018, notre avocat a été interpellé, mis en garde à vue et son cabinet fouillé. Une association de malfaiteurs plane sur la tête des opposants. On compte au total une cinquantaine de procès, deux ans de prison ferme cumulés, 26 interdictions de territoire…

Je suis journaliste engagé, j'ai passé plus de deux ans à Bure pour mieux comprendre et vivre ce qui s'y trame. Depuis mon arrivée, je suis consterné. Comment se fait-il qu'un sujet aussi majeur soit autant invisibilisé ? Comment se fait-il que l'État ait distribué plus d'un milliard d'euros dans la région avant même l'existence légale de ce projet ? Comment se fait-il que les bilans du débat public en 2005 qui concluaient à la nécessité d'un stockage en surface n'aient pas été respectés ? Comment se fait-il qu'on ne parle jamais des deux travailleurs morts au cours du chantier ? Comment se fait-il que l'Andra offre aux notables du coin des parties de chasse dans de magnifiques domaines forestiers ? Pourquoi organise-t-elle des sorties scolaires dans son laboratoire ? Comment se fait-il que le conseil municipal de Mandres-en-Barrois ait voté l'échange du bois Lejuc avec l'Andra en 2015 alors que la population s'était prononcée contre ?

Je ne veux pas vivre le journalisme de manière désincarnée et hors-sol. 

Avec la résistance qui grandit et la visibilité que nous avons tenté de donner à ce sujet, la filière nucléaire se trouve obligée de se justifier. Or, elle est injustifiable. La filière atomique, indéfendable. Pire, elle est criminelle. Jamais une civilisation n'a cédé un legs aussi empoisonné que les déchets radioactifs. Ils n'ont aucune solution pour les traiter mais ils continuent d'en produire. La poubelle nucléaire à Bure est une illusion. Un prétexte pour prolonger le désastre. Cigéo vise à enfouir le problème plus que les déchets, à 500 mètres de profondeur, dans le déni et l'hypocrisie.

J'ai passé deux ans à Bure, car je ne veux pas vivre le journalisme de manière désincarnée et hors-sol. J'ai fait le choix d'habiter ce territoire, de m'y ancrer à une époque où l'information défile d'abord derrière un écran, se twitte et se perd dans les limbes de l'instantanéité. à la neutralité, j'ai préféré les amitiés. L'engagement. « On peut parler de la vie ou depuis la vie. »

Face à l'ordre atomique, la neutralité serait une caution du pouvoir. On ne peut rester insensible à la désertification de ce territoire et à l'avancée inexorable du monstre nucléaire. On ne peut rester neutre face à l'obscénité politique qui impose ce projet.

Au palais de justice de Bar-le-Duc, des gendarmes sont présents en masse à chaque procès en lien avec Bure.

L'État, après avoir séparé les individus les uns des autres par sa politique néolibérale, voudrait maintenant séparer les individus en eux-mêmes. On ne pourrait pas être avocat et militant, journaliste et opposant. Il faudrait choisir. Se couper en deux, faire de nous des êtres atrophiés, des « hommes unidimensionnels », comme l'écrivait Herbert Marcuse.

Je refuse cette mutilation. Je suis autant journaliste qu'opposant au projet Cigéo. Cela ne rend pas moins légitime mon discours. Chercher une vérité qui se donne dans un quotidien plus qu'elle ne s'objective. Que je me retrouve aujourd'hui devant la justice ne m'inquiète pas. Je continuerai mon travail.

Ce qui me fait peur, c'est que nous sommes tous incarcérés dans une société nucléaire qui impose son pouvoir comme jamais un tyran n'y était parvenu. 24.000 ans, c'est la demi-vie du plutonium 239. Un fardeau dont chaque génération héritera, sans possibilité de s'en délivrer.

Alors, que dire face à la justice qui essaye de nous mettre dans des cases, de nous transformer en malfaiteurs ? Que dire si ce n'est que nous ne partageons pas le même monde, le même langage ? Les mêmes espérances.


[1] Le peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie.

[2] L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : devant la Maison de résistance « Bure, zone libre », à Bure. © Fabrice Catérini
. portrait : Astrid di Crollalanza.
. autres : © VMC

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n'est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.



Soirée-débat autour du livre « L'intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle », à Paris

Sciences Critiques a le grand plaisir de vous inviter à la présentation, en avant-première, du nouveau livre d'Éric Sadin, L'intelligence artificielle ou l'enjeu du siècle. Anatomie d'un antihumanisme radical (Éditions L'Échappée), le mercredi 17 octobre, à Paris, de 19h30 à 21h30.

A la veille de la parution officielle de son livre en France, Éric Sadin, écrivain et philosophe, considéré comme l'un des penseurs majeurs du monde numérique, se livrera à une analyse radicalement critique, « une anatomie au scalpel », de l'intelligence artificielle, cette « obsession de l'époque ».

Car, comme l'écrit l'auteur, « il s'avère impératif de s'opposer à cette offensive antihumaniste et de faire valoir, contre une rationalité normative promettant la perfection supposée en toute chose, des formes de rationalité fondées sur la pluralité des êtres et l'incertitude inhérente à la vie. » Et de rappeler : « Tel est l'enjeu politique de notre temps. »

> Lieu :
100 Établissement Culturel Solidaire (100-ECS)
100 rue de Charenton – 75012 PARIS
Accès : Gare-de-Lyon (métro 1 et RER A), Reuilly-Diderot (métros 1 et 8) et Ledru-Rollin (métro 8)

Entrée libre et gratuite (dans la limite des places disponibles). Accueil : à partir de 19h.

Une séance de dédicaces avec Éric Sadin aura lieu à l'issue de la rencontre.

Nous vous y attendons nombreuses et nombreux !

Pour tout renseignement complémentaire : redaction@sciences-critiques.fr
https://sciences-critiques.fr/lintelligence-artificielle-ou-lenjeu-du-siecle/
https://www.facebook.com/events/1187229858081548/

100 Établissement Culturel Solidaire (100-ECS)
100 rue de Charenton – 75012 PARIS
Accès : Gare-de-Lyon (métro 1 et RER A), Reuilly-Diderot (métros 1 et 8) et Ledru-Rollin (métro 8)

19h30-21h30. Accueil à partir de 19h.

Entrée libre et gratuite (dans la limite des places disponibles)

Pour tout renseignement complémentaire : redaction@sciences-critiques.fr
https://sciences-critiques.fr/lintelligence-artificielle-ou-lenjeu-du-siecle/
https://www.facebook.com/events/1187229858081548/



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